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Vie de voyages

Invitation à l’émerveillement

7-15 avril : Séjour de Guillaume & Audrey ! N°2 Un cabin trip riche en rebondissements !

Et nous reprenons l’ascension. La vue sur le fjord en contrebas, grande étendue bleue sombre, contrastant si fort avec le blanc immaculé de la neige fraîche, est de toute beauté.
Nous arrivons à une ferme. Moutons beiges et noirs sur la neige blanche. Bâtiments rouges et blancs, surlignés d’une épaisse couche de neige. 

Là nous faisons notre première erreur … Il est 13h30. Au lieu de suivre le semblant de chemin (qui a l’air de mener directement dans la maison) nous décidons de contourner le tracteur et de ramper sur la colline pleine de neige pour la gravir. En haut, la vue sur la neige pure est magnifique.
Mais en marchant, je m’enfonce sur plus haut que ma jambe. Et il y a encore de la neige sous moi… Que d’aventure ! Nous rejoignons enfin une piste tracée par une motoneige. Nous avons perdu presque 40 minutes. Et l’ascension reprend. En chemin nous nous faisons doubler par une famille de norvégiens. Papa à skis devant, tirant un traîneau contenant, vraisemblablement, un bébé. Maman en raquettes derrière. Les gens que nous croisons depuis le matin sont agréables, disent bonjour, parfois quelques mots de plus en norvégien. Ceux là ne font pas exception. Même s’ils passent vite à l’anglais. “Vous êtes sûrs que vous savez où est la cabine ?”. Ben oui, on a des cartes, un GPS, des boussoles … Leur doute quant à notre capacité d’atteindre la cabine sans skis mine un peu ma confiance mais nous continuons. Il faut chaud, le soleil tape fort …
Nous arrivons au point où les norvégiens qui nous précédaient ont quitté le chemin. Dans la neige fraîche. Est-ce là qu’il faut aussi que nous tournions ? Ou faut-il continuer le chemin ? Dilemne… Nous buvons un coup. Et réalisons que nous n’avons peut-être pas prévu suffisamment d’eau. Nous remplissons donc une des bouteilles de neige et l’attachons à l’extérieur du sac pour qu’elle fonde au soleil. Et nous décidons de continuer le chemin. Puis de le quitter un peu plus loin. Neige terriblement profonde. Et pente raide. Après une heure à crawler presque inutilement, nous sommes au pied d’une falaise, perdus entre des dizaines de sapins et ne savons plus trop où nous diriger. Le GPS indique que nous avons progressé de près de 10m vers notre but. Et là … catastrophe ! Où est passée la bouteille d’eau ???? Après de nouveaux pourparlers, je décide de redescendre sans sac-à-dos pour tenter de la retrouver. Il s’avère que sans sac la progression est beaucoup plus facile … mais que la bouteille n’est toujours pas là. Un peu inconsidérément je décide de remonter jusqu’au lieu de notre pause (tout cela n’est en tout que 7 minutes de marche … oui je sais, difficile à imaginer). Pas de bouteille. Mais la petite famille norvégienne qui revient de sa promenade. Et qui confirme mon intuition. On aurait dû suivre leurs traces, tourner. Il est 16h30. Ils nous conseillent vraiment d’abandonner. Trop de neige, trop d’heures de marche, pas raisonnable. Je veux bien le croire mais … je crois qu’il n’y a pas de bateau pour rentrer. Ils pensent que si et proposent d’aller vérifier les horaires. Que de gentillesse ! Je vais donc récupérer mes invités enneigés, et nous redescendons à la rencontre du norvégien qui est décidément plus rapide que nous avec ses skis. Il y a effectivement des bateaux. Nous sommes quand même tristes de partir si vite alors que nous étions censés vivre deux jours d’aventure en plus. Alors je lui demande s’il connaît un endroit où nous pourrions passer la nuit pour retenter d’atteindre la cabine le lendemain. Réponse négative assortie d’un “vous savez, sans skis ce n’est vraiment pas raisonnable, il y a plus d’un mètre de neige”. Il repart, à skis, vite. Nous redescendons à pieds, triste. Suivons le chemin … qui repasse devant la ferme. Notre bouteille d’eau gît devant, certainement ramassée par un des habitants. Nous la récupérons et continuons notre chemin.
Vite rattrapés par le norvégien… “En fait, si vous voulez, vous pouvez rester dormir ici. Et je devrais pouvoir vous prêter des skis pour que vous réessayez demain. Ca vous va ?” 
Ben oui évidemment, ça nous va ! Nous essayons des chaussures (il n’a que des pointures 45 ou 48 … mais bon on a apporté plein de paires de chaussettes, n’est-ce pas Audrey ?) et allons dans la grange (le bâtiment rouge) chercher des skis dont la longueur et les fixations conviennent. Au moment de sortir, un énorme bruit nous fait reculer. Bien nous en a pris parce que toute la neige qui était sur le toit vient de lourdement s’écraser devant la porte. Il y avait un bon mètre d’épaisseur sur une bonne longueur, je n’aurais pas aimé être ensevelie dans une avalanche juste après avoir été sauvée de la montagne … 
Notre hôte nous ouvre les porte du troisième bâtiment de la ferme. C’est presque une cabine, sur deux étages. Une cuisine glaciale mais avec l’eau courante au rez-de-chaussée. Une grande chambre avec un poêle à l’étage. Il pousse même la générosité jusqu’à nous prêter des farts pour les skis (tu as vu Mathilde, j’ai bien retenu la leçon ! 😉 ). Nous cuisinons des pâtes à la sauce tomates tout en admirant la vue pendant que Guillaume nous démontre ses talents d’homo sapiens, capable de maîtriser le feu. Mais il apparaît parfois trop “civilisé”. Quand il se rend aux toilettes, dans un petit réduit séparé, à l’habitude des cabines. Et qu’il nous en fait une description des plus horribles. Ca me fait bien rire et j’y vais aussi … Comparées aux toilettes habituelles des cabin trips, celle-ci est un modèle de luxe. Un seul siège, pas de stockage de bois autour, il y a même une sorte de cuvette en plastique… Bref, pas encore prêt pour la vie dans la nature, mon frère …
Nous dormons tant bien que mal entre deux réveils pour rallumer le feu, sous le regard bienveillant de … notre ami le troll. 
Ou cette bête étrange qui y ressemble peut-être. Que fait-il là ? Malgré nos nombreuses suppositions, nous n’obtiendrons pas la réponse … donc vous non plus !
Au matin, le soleil met en valeur la vue exceptionnelle que nous avons et nous donne du courage pour chausser les skis et reprendre la route.

Nous nous lançons donc. Ce n’est pas si difficile que ça finalement le ski de fond… Nous montons, il fait chaud, nous sommes en T-shirt dehors. Après une bonne heure de ski, nous faisons une pause au soleil. De quoi reprendre un peu d’énergie. Si les indications de notre hôte, notre carte et notre sens de l’orientation concordent, nous devrions bientôt quitter les traces et prendre vers l’est vers la cabin. Ce que nous faisons, pas si sûrs de nous mêmes qu’il le faudrait. En suivant l’instinct (vers l’est mais en essayant de contourner les montagnes) nous poursuivons. Montons droit au milieu des sapins dans la neige très très profonde. Finalement, c’est toujours aussi difficile le ski de fond. Le soleil a abandonné la partie, il y a beaucoup de vent. En arrivant au sommet de la “colline” nous faisons une pause déjeuner. Pas de cabin, de lac ou de chemin à l’horizon. Il fait vite froid alors nous repartons. Jusqu’à ce qu’il se mette à neiger. Il est 14h30. Nous n’avons aucune idée de la direction à prendre, de la distance jusqu’à la cabin (2.8 km à vol d’oiseau dixit le GPS), de nos forces physiques. Après un essai vain d’en voir un peu plus, pas mal de colère, un peu de peur aussi, de découragement, nous finissons par prendre la décision de rebrousser chemin. Ce n’est pas plus facile de descendre que de monter … Parce qu’après la chute vient le moment de se relever, et que dans cette grande fatigue, c’est un véritable effort. Et qu’après l’effort, vient la peur de retomber … qui provoque la chute suivante et ainsi de suite. Nous mettons à peine moins de temps à retourner à la ferme que celui dont nous avons eu besoin pour la quitter. Nous rencontrons madame qui préfères que nous attendions monsieur pour partir. Monsieur qui arrive au volant de son tracteur. Surpris mais pas tant que cela de nous voir déjà de retour. C’est vrai qu’à présent il fait grand soleil alors notre explication “Il faisait froid, il y avait du vent et de la neige.” tombe un peu à plat. Mais il tente de nous rassurer, nous ne sommes pas les premiers à rebrousser chemin. Et il s’avère que la ferme n’est qu’un passe-temps mais qu’il travaille à Trondheim … avec un de mes amis, dont j’ai le bonjour par personne interposée. Le monde est petit, non ? Ca me fait penser que la veille, j’ai assisté à la discussion entre notre hôte et sa voisine, une norvégienne de 60-70 ans (très à l’aise en anglais aussi, c’est incroyable !). Et je me suis dit, celui-là n’est pas norvégien. Il sépare beaucoup trop les mots, je comprends tout ce qu’il dit … Après vérifications auprès de mon ami, il s’avère que notre hôte était … tchèque ! 🙂
Bref, tchèque ou norvégien, peu importe puisqu’il est vraiment vraiment gentil avec nous et nous propose de descendre nos sacs avec son tracteur jusqu’en bas du chemin enneigé. 

Nous faisons une petite pause photo :

 et descendons une partie du chemin sur les fesses (vive la luge !!!!) et ce d’autant mieux qu’avec le passage du tracteur, le neige est vraiment tassée, ça glisse tout seul !
Nous récupérons nos sacs, descendons jusqu’au quai. Nous devons malheureusement attendre plus d’une heure le ferry, mais heureusement, il y a une salle d’attente à l’abri du vent. Bateau de retour. Coucher de soleil qui enflamme Trondheim …

Bon, et pour finir, dernière anecdote. La semaine dernière, j’ai revu l’ami qui connaissait le fermier-informaticien. Et apparemment, nous étions sur le bon chemin, pas si loin de la cabin … Nous ne saurons jamais si nous aurions effectivement pu atteindre la cabin. Mais cette succession d’évènements et de décisions donne matière à réfléchir. Chance ? Providence ? Ange gardien ? Dieu ? … Dans tous les cas, nous en sommes sortis entiers, riches de nombreuses nouvelles anecdotes !

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