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Vie de voyages

Invitation à l’émerveillement

3-4 mars : Tautra mariakloster

A chaque fois que je pense au titre, et que je finis par choisir, j’imagine votre réaction… “Mais elle en pas marre de nous sortir des noms barbares, ça veut rien dire pour nous, peut-être qu’elle a une idée précise mais nous ça ne nous avance vraiment pas.” Mais là, je pense que si vous essayez de faire un petit effort, vous pouvez arriver à obtenir une petite idée du lieu où j’ai passé ce week-end, déjà lointain, certes, dans l’enchantement le plus total. Un indice ? Lisez le nom à voix haute. Ma-ri-a-clo-stère. Ma-ri-a, ça vous fait penser à quoi ? Bon ce n’est pas l’indice le plus probant certes. Et closter ? …
Une idée ???
Plusieurs idées ???
Bon le suspense ne sert plus à rien ! Tautra est… Ah oui, Tautra peut-être un indice ! 🙂
Tautra. Petite île du fjord de Trondheim.
Ca vous aide ???
Non ? Je continue alors …
Petite île de 1,5 km2, reliée à la terre ferme par un pont de 2,3 kilomètres de long. Une grande partie des terres et de la mer environnante est classée zone protégée en raison des nombreuses espèces d’oiseaux qui y vivent. 
Toujours pas d’idée ?
L’île est au coeur du territoire viking, et y subsistent des ruines d’un vieux monastère cistercien, construit en 1207 et détruit sous la Réforme. 
Nous sommes allés admirer les ruines le dimanche avant de repartir :
Oui, ce sont des ruines …
Tiens, monastère. Monastère cistercien. Frères. Moines. Cloître… Cloître… Cloître … Closter………………………………

Une idée plus précise maintenant ?



Oui je suis allée visiter un monastère. Pas toute seule (quoique l’envie me taraude d’y retourner, toute seule éventuellement). Mais avec une folle équipe de l’aumônerie. Elise la française qui joue du hautbois et déborde de joie. Alexandre le belge président. Bronislav le slovaque qui a une voiture. Et Gianluca l’italien qui se pose des milliards de question et qui est toujours volontaire. Et moi… Moi toute chamboulée parce que depuis la veille, le soleil est réapparu. Je ne pensais pas qu’il m’avait manqué autant que ça. Mais le voir en face pour de vrai, ça fait un choc. Agréable, le choc, mais un choc quand même. Bref un week-end au soleil, sur une île, loin de Trondheim (enfin pas tant que ça, on voit Trondheim de l’île … ), le rêve !!!!

Nous partons de bon matin. Il ne faut pas croire que parce qu’on voit Tautra de Trondheim et vice-versa, qu’à vol d’oiseau il y a 15km entre les deux, qu’on y est en 20 minutes. Non, il faut au moins 1h30. Mais la route longe le fjord et avec ce soleil c’est magnifique. La route longe aussi un lac gelé où des messieurs sont assis, probablement pour pêcher.
Nous faisons une petite pause à quelques kilomètres du pont pour découvrir un haut lieu de l’ère Viking : celui du jugement qui suit tout voyage en bateau.  C’est un petit monticule verdoyant (la neige, où ça ???? En Norvège je comprendrais, mais là, c’est le printemps alors plus de neige, compris !) au sommet duquel est plantée une pierre gravée. Un peu style Stonehenge (d’ailleurs, quitte à faire des digressions, en voilà une belle. Si un jour (ou un soir, ou maintenant) vous vous ennuyez, et que vous avez envie de rire un bon coup tout en découvrant un artiste norvégien hors norme … allez regarder cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=klJhWr_FTaE  (ne vous inquiétez pas c’est en anglais, sous-titré anglais ! ). Alors ???).
Boon après tant de texte les photos s’imposent :

La folle équipe !

Si vous comprenez le vieux norvégien …
 Juste à côté, il y avait une vieille église rénovée. Le soleil, la mousse verte sur la pierre, le ciel bleu, le portail en bois, tout cela m’a fait penser à l’Irlande…

Dans l’Eglise, un bel orgue en bois qu’Alexandre s’empresse de faire résonner. C’est beau !
Et nous reprenons la route. Traversons le pont en admirant des oiseaux blancs et noirs, ou tout blancs ou blancs et noirs avec un peu moins de noir qu’avant. Et atteignons le monastère. Quelques maisons très norvégiennes. Au somment d’une petite pente donnant sur une plage de gros cailloux. Le fjord. Et, loin, là-bas, l’autre côté du fjord, toujours poudré de blanc. En continuant un peu sur la route nous arrivons devant le nouveau monastère, inauguré en 2003. Construction imposante de pierres orangées qui brillent au soleil.

Une petite soeur au sourire si réconfortant, image de la grand-mère des contes, vient nous accueillir. Nous donner de quoi manger pour les 3 semaines à venir. Nous montrer la maison où on peut utiliser la cuisine. Nous montrer la maison où on peut utiliser la salle de bain et dormir. Nous montrer le magasin qu’on a promis de nettoyer pour qu’il puisse réouvrir après l’hibernation. Et puis c’est l’heure de la prière de sexte. 
En entrant dans l’église, deuxième choc du week-end. L’église est un parallélépipède. De bois blond. Le toit, pointu en fait de larges vitres et d’un bardage du même bois blond laissant entrer la lumière et les ombres sans pour autant être assommés. Et le mur du fond, derrière l’autel est … une baie vitrée donnant sur le fjord. Quel paysage plus beau et plus apaisant et plus calme et plus mouvant et plus toujours changeant toujours différent peut on contempler pour élever la prière ?

Prière de sexte. En norvégien. Evidemment. Mais mon esprit, tout entier tourné vers ces belles fenêtres, n’a pas besoin du texte des psaumes pour prier. Une soeur accompagne à la harpe. Elles sont 8, 6 soeurs et 2 novices.
Après l’angélus nous sortons. Et allons déguster une délicieuse soupe de poisson accompagnée de pain frais.
Nous allons ensuite faire le ménage dans la boutique (poussière sur les étalage, sol et fenêtres). Les soeurs vivent de leur travail. Elles vendent des savons. Et des livres. Et des baumes, crèmes, soins, shampoings … (Intéressés ? http://www.tautra.no/soaps.asp?language=english (oui c’est ma minute publicité ! D’ailleurs si les savons ne vous intéressent pas mais qu’en apprendre plus sur ce monastère, ces soeurs ou juste regarder des photos, vous pouvez cliquer là : http://www.tautra.no/index.asp?language=english. Et même travailler votre norvégien ! 🙂 ) ). Malgré une petite pause pour la prière de none, nous faisons rapidement ce qui nous est demandé tout en rendant un service inestimable aux soeurs. Pour elles, c’était le bout du monde, pour nous c’était quasiment inutile … 🙂
Nous demandons plus travail et nous voilà envoyés pour laver les fenêtres d’une maison où elles accueillent les visiteurs. La maison donne sur le fjord, les fenêtres sont donc poisseuses de sel. Un ingénieux système permet de pivoter la fenêtre sur elle même pour pouvoir laver, quasiment sans effort, les deux côtés. Et moi, ça m’a inspirée pour quelques photos !

Après tant de travail, nous goûtons (oh les grands enfants) et discutons avec Soeur Anne-Elizabeth du sens du Carême, du jeûne, des efforts que nous pouvons faire.
Avant les vêpres nous prenons de jolies photos avec la lumière du couchant :

Nous continuons la discussion entre nous avant les complies et c’est très intéressant de comparer nos points de vue sur l’Eglise catholique, le pape, la communauté ou l’universalité.
La prière des complies se fait dans le noir c’est apaisant.

Nous dînons de délicieux spaghettis à la carbonara cuisinés par Gianluca et allons nous dégourdir les jambes au clair de lune jusqu’à une extrémité de l’île. Que c’est beau et agréable !

Puis nous regardons un film (Good bye Lénine, pas trop mal mais loin de l’hilarant promis sur le boîte). Et je vais passer un moment à admirer de faibles mais larges aurores boréales au dessus du fjord. Il n’y a que le ressac, pas d’autre bruit que ce calme va et vient d’eau, sous le ciel étoilé.

A 4h20, c’est l’heure des vigiles, suivies d’un thé chaud et d’une prière d’adoration silencieuse. Le noir du ciel se diluait peu à peu, prenant une teinte plus bleutée et à 5h45, quand je suis retournée me coucher l’horizon était déjà jaune, le jour pointait ! Finalement, l’hiver est vite parti ! 🙂

7h20, nouveau réveil pour les laudes de 7h30. Le jour est complètement levé,c’est beau !

Petit déjeuner avant la messe de 9h qui débute avec la prière de tierce. Un frère cistercien irlandais vit dans une maison à coté du monastère et officie pour les soeurs.Comme la plupart de soeurs sont américaines et que lui est irlandais … l’homélie est en anglais, ouf !
Après la messe, les soeurs accueillent les visiteurs autour d’une tasse de thé ou de café. La veille, les frères de Levanger étaient venus, apportant une version francisée d’un gâteau norvégien, qu’elles sont ravies de nous offrir. Avant sexte, nous avons la possibilité de nous entretenir personnellement avec une soeur. Et j’ai la chance de discuter avec Soeur Gil-Christ (?), québécoise d’origine et au sourire mémorable.
La prière de sexte est suivies d’un repas en silence avec les autres visiteurs du monastère. Devant moi est posé un bouquet de branches d’arbres qui bourgeonnent rehaussées de noeuds de papier de soie coloré, l’espérance est en chemin !
Après le déjeuner nous partons marcher vers un arbre qui m’intrigue depuis que nous sommes arrivés.

Eh bien, il est aussi fascinant de près que de loin. Ses branches noueuses se détachant sur le ciel, sont corps formé, déformé, adapté au vent, et cet équilibre malgré tout, comme s’il lévitait.

 Des élevages de moutons et de vaches et, un peu plus loin une zone protégée pour les oiseaux. Au loin, on voit Trondheim…

Nous rentrons au monastère pour ranger nos affaires et faire le ménage. Nous partons après la prière de none.

Un saut jusqu’aux ruines de l’ancien monastère. Et la même route dans l’autre sens. Le pont au dessus du fjord et les oiseaux autour. La route. Qui longe le fjord. Tourne autour d’îlots feuillus. Autour d’un lac gelé où un homme est assis, peut-être pêche -t-il (est-ce le même qu’hier ?). Remonte jusqu’à Trondheim.

Un beau week-end, certes pas de tout repos, mais qui me rend à ma vie quotidienne avec une paix et une joie profondes. Et comment mieux supporter le quotidien et les petits soucis qu’avec cette illumination paisible et un grand sourire ?

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